La Bataille est un village situé du côté de Chef-Boutonne dont nous entendions prononcer le nom lors de nos séjours à Paizay-le-Chapt distant de seulement 6 km.
C'est aussi le lieu de naissance de nos cousins VINCENT et notamment de Léa VINCENT, mère de Jean SIMONNET. La famille de sa mère, Augustine MOUCLIER, est originaire de La Bataille.
Mais ce n'est que très récemment que j'ai pris connaissance de l'origine de ce village en me baladant sur les pages du site de la ville de Chef-Boutonne. Et comme je pense ne pas être seul à avoir ignoré ce pan de l'histoire locale pendant toutes ces années passées non loin de là, en voici un rapide aperçu fortement inspiré du site précité.
La Bataille, doit son nom à une opposition armée sur ses terres entre Poitevins et Angevins, entre les neveux du comte d'Anjou Geoffroy Martel et le duc d'Aquitaine, Guy-Geoffroy, connu sous le nom de Guillaume VIII, en 1061.
Vers l’an 1050, l’Aquitaine représentait un vaste duché, s’étendant du sud de la Loire aux Pyrénées. Le Duché d’Anjou était sans cesse en rivalité avec le duché d’Aquitaine sur la possession des provinces du Gâtinais et du Poitou. Par la possession de Loudun et de Mirebeau, les contes d’Anjou tenaient sous leur dépendance les sires de Lusignan dont l’admirable château établissait une infranchissable barrière entre la capitale du Poitou et la province de l’ouest du comté.
Il fallait donc faire la conquête de cette forteresse pour l'ambitieux Guy Geoffroy, duc d’Aquitaine. Aussi n’hésita-t-il pas à attaquer cette forteresse servant de base pour ses futures opérations. Hugues V de Lusignan, malgré son énergie, fut tué et la victoire fut pour l’assaillant Guy Geoffroy.
À la suite d’un partage impolitique, le duché d’Anjou tomba en décadence, et l’heureux guerrier politicien habile jugea beau de tirer parti de cette situation. Néanmoins, Guy Geoffroy se trompa dans ses calculs et il dut repousser de vives agressions de l’Anjou. Mais il était habile et il s’arrangea pour gagner du temps afin de permettre à ses vassaux du Périgord et de l’Angoumois d’accourir à son secours.
Ainsi, Guy Geoffroy crut-il devoir prendre une position presque inexpugnable d’où il pouvait surveiller à son aise la marche de ses adversaires tout en demeurant libre d’ouvrir son armée à tous les guerriers fidèles de à son appel. Dans ce but, il s’établit sur un vaste plateau triangulaire à base légèrement inclinée vers le lit naissant de la Boutonne, c’est-à-dire au sud-ouest de la petite ville de Chef-Boutonne. Le Duc d’Aquitaine occupait les hauteurs de Paizay-le-Chat à Loubigné. La victoire lui eut sans doute souri s’il n’avait pas su modérer son ardeur et attendre qu’on vînt l’attaquer dans ses retranchements, mais il précipita sa perte en voulant hâter le jour du combat. Impatient et entraînant tous les siens dans la plaine, il engagea la bataille à l’endroit même appelé depuis actuellement « LA BATAILLE ». Les Angevins du duc d’Anjou opposèrent une très vive résistance tout d’abord, puis passèrent à l’offensive et battirent les guerriers du Duc d’Aquitaine. De très nombreux soldats périrent et une église fut élevée sur les lieux.
Quelques compléments à cette histoire :
En haut de la butte dite « Chêne Bataille » qui domine le village, il existait autrefois un chêne énorme qui servait de potence ou de gibet au seigneur de l’ancien château de Chef-Boutonne situé à l’emplacement de l’Église actuelle et détruit pendant la révolution.
Sur la commune des champs tirent leurs noms de ces événements :
Champs Bataille.
Le Joug (où l’on passait, paraît-il, les prisonniers sous le joug).
Les Bourgs Sanglants entre La Bataille et Semoussais.
Dans un carrefour appelé La Chaume, partout où l’on a creusé, on a trouvé des ossements de morts.
« Les Signaux » d’où Guillaume pouvait correspondre par signaux avec ses vassaux.
Malgré la perte presque totale de son armée, Guy Geoffroy la reconstitua rapidement et l’année suivante, bâtit les ducs d’Anjou à Saintes.
Maggy racontait volontiers l'histoire de Vidoluc MOINEAU à Paizay-le-Chapt.
Selon elle, et apparemment beaucoup d'autres personnes, son père voulait l’appeler Ludovic mais, comme il avait trop arrosé la naissance de son fils, il s’était emmêlé les pinceaux à la mairie et avait inversé les syllabes.
Il semble en fait que l’orthographe de Vidoluc n’ait rien à voir avec l’hypothétique ébriété du père, lui-même prénommé Saint Cluc. Un article écrit par Sophie Goux et publié sur le site de FR3 en avril 2023 tente de rétablir les faits. N'hésitez pas à le consulter, il contient d'autres anecdotes sur les prénoms.
En 1859, Saint Cluc MOINEAU avait épousé en premières noces une de nos lointaines arrière-arrière cousines, Marie-Madeleine SOUVIGNON. Cette dernière est d'ailleurs morte 3 ans plus tard. Vidoluc est né du second mariage de Saint Cluc avec Radégonde ROUVEAU.
Vidoluc avait une soeur cadette répondant au doux prénom de Zelphaïde.
Autre lien avec notre histoire familiale, Saint Cluc était l'un des témoins au mariage de Marie SOUVIGNON, la tante de notre grand-père Émilien.
Le texte qui suit est tiré d' un article écrit par Olivier Goudeau et publié en août 2016 dans le journal La Nouvelle République. L'article original est disponible ici.
l’affaire Serpault à Paizay-le-Chapt en 1839.
Á Vezin de Paizay-le-Chapt, comme partout ailleurs, on fêtera Noël. François Billaudeau, son frère Jean et sa femme sont attablés pour le dîner. La famille s'est regroupée près du feu de la cheminée de l'unique pièce du modeste logement. Dehors, c'est le froid et l'obscurité.
Un bruit curieux, venu de l'extérieur éveille la curiosité de la jeune femme. « C'est le vent » la rassure Jean son époux. François tourne légèrement la tête pour essayer de deviner d'où vient ce bruit quand une détonation retentit. Jean et son épouse sursautent ; François gît sur le sol, la mâchoire explosée. Les époux se précipitent à son chevet et tentent à la fois de lui porter secours. Lorsque ceux-ci arrivent, il est trop tard. François Billaudeau est mort, d'un coup de fusil tiré depuis l'extérieur de la maison. Les enquêteurs découvrent vite l'endroit par lequel l'assassin a glissé son arme. Dans l'acte d'accusation, ils notent. « A l'angle de cette chambre, tout près de la porte d'entrée, se trouve une petite croisée, plus étroite à l'extérieur qu'à l'intérieur. Une seule planche, arrêtée au dedans par une pierre et des morceaux de bois, fermait ordinairement cette fenêtre, tout en laissant un jour de quelques centimètres ».
Une famille sans histoire.
Le soir du crime, les Billaudeau n'avaient pas fermé le trou pour laisser sortir la fumée, de telle sorte que l'on pouvait voir l'intérieur de la chambre. Les circonstances du crime établies, reste à trouver le mobile du crime. Et là, c'est le néant.
René-François Rondier, le juge d'instruction chargé de l'enquête, peine à comprendre pourquoi cette famille, plutôt pauvre et sans histoire, a pu être visée par un crime aussi violent. Les premiers interrogatoires ne donnent rien : les Billaudeau n'avaient ni ennemi, ni argent. Le juge se concentre sur les dépositions des témoins. L'un d'eux affirme avoir vu aller et venir un homme avec un bonnet blanc non loin de la maison du crime le soir du 22 décembre. Intéressant mais maigre.
Mais au fil des auditions, le nom d'un villageois revient de plus en plus dans les témoignages : Pierre Serpault. Ce cultivateur de 37 ans, domicilié à Rhé (à une quinzaine de minutes à pied du lieu du crime), est le beau-frère de la victime. Il a déjà été condamné trois fois pour des vols domestiques : sa réputation est détestable. Peu avant l'assassinat, il aurait confié à des témoins avoir été très déçu que son beau-frère ait fait le choix de vivre avec son frère et sa belle-sœur. C'était de l'argent en moins pour lui en cas d'héritage. Le mobile est futile mais les menaces proférées bien réelles. " Le plus tôt il sera mort… "
Quelques jours avant la Saint-Michel, Serpault s'est confié à Geneviève Proust, une villageoise ayant travaillé avec le défunt. « Le pauvre sot. Il aurait mieux fait de rester chez sa tante. » A un autre habitant, il ajoute : « Il sera toujours malheureux et mauvais sujet. Il ne veut écouter personne, le plutôt qu'il sera mort sera le meilleur. »
La justice s'intéresse donc à lui et plus particulièrement à son emploi du temps. Serpault explique qu'une demiheure après le coucher du soleil, il a sorti son cheval pour aller à l'abreuvoir. Des témoins, (dont Pierre Gargotin, 44 ans) confirment sa déposition. Mais le témoignage de Jacques Turquat fait basculer l'affaire. Cet habitant de 59 ans a croisé quelqu'un le soir du crime, une heure après le coucher du soleil, qui venait du village de Vezin en coupant à pied à travers les champs. L'inconnu avait un bonnet blanc et un fusil sous le bras. Lorsqu'il s'est approché de lui, le villageois a reconnu Serpault. Il en est certain puisque le suspect est passé à trois mètres de lui, sans répondre à ses questions. Il a même baissé la tête pour ne pas être reconnu.
Expertise balistique
Serpault est arrêté le 23 décembre et son fusil saisi. Le juge demande aussitôt une expertise de l'arme. C'est Jean-Baptiste Maison, armurier à Melle qui s'y colle. Ses conclusions sont sans appel. « Il n'y a pas plus de quatre à cinq jours que cette arme à feu a été tirée » explique-t-il. « J'ai chassé » se justifie l'accusé qui n'échappera pas pour autant à la cour d'assises.
Avec son casier judiciaire déjà bien garni, Serpault sait ce qu'il risque à une époque où les verdicts se jouent aussi sur la réputation. Son cas est d'autant plus désespéré que des témoins viennent alourdir les charges qui pèsent sur lui. « Si vous ne parlez pas bien de moi, je suis homme perdu » aurait-il confié à son frère. Pourtant à l'issue du procès, les jurés répondent par la négative à la question principale. Selon eux, Pierre Serpault n'est pas coupable de l'assassinat de François Billaudeau.
La cour l'acquitte et lui laisse le loisir de rentrer chez lui. Pas sûr qu'il ait pu y reprendre une vie normale.
Cette histoire est tirée du livre d'Olivier GOUDEAU, "Les grandes affaires criminelles en Deux-Sèvres - 1811-1939" paru aux éditions Geste en 2005.
Si le récit détaillé vous intéresse, je tiens gracieusement une transcription de cette chronique judiciaire à votre disposition.
Résumé de la chronique :
Deux-Sèvres mai 1816, la paisible commune d'Aubigné est bouleversée par un crime odieux : un prêtre et sa servante sont retrouvés sans vie, gisant dans la maison du presbytère. L’affaire, qui a défrayé la chronique à l’époque, reste l’un des meurtres les plus troublants de la région.
Les faits : une découverte macabre
C’est un matin froid où l’église demeure anormalement close que les premiers soupçons émergent. Des paroissiens inquiets forcent l’entrée du presbytère et tombent sur une scène d’horreur : Claude Lefèvre et Marie-Anne Charrier, le curé de la paroisse et sa servante, frappés à mort, baignent dans leur sang. Les premiers constats médicaux révèlent une violence inouïe, laissant supposer un acte de rage ou de vengeance.
L’enquête : pistes et mystères
Rapidement, les gendarmes de la région prennent l’affaire en main. Un vol ayant mal tourné ? Une vengeance personnelle ? Chaque hypothèse est examinée avec minutie. Certains témoignages évoquent des tensions au sein du village, des rancœurs à peine voilées contre le prêtre, connu pour sa rigueur et ses prises de position tranchées. Il venait de faire un séjour en prison suite à l'expression d'opinions hostiles au retour de la royauté.
Un suspect désigné, mais la vérité demeure trouble
L’enquête s’oriente bientôt vers un individu, Jacques Marbœuf, à la réputation sulfureuse, aperçu non loin des lieux du crime. L’homme est arrêté, interrogé, mais les preuves restent minces. Les débats s’enflamment : crime de rôdeur ou exécution préméditée ? L’opinion publique, divisée, suit le procès avec ferveur.
Entre témoignages incertains et enquête lacunaire, la justice devra se prononcer.
Finalement, Jacques Marbœuf est guillotiné le 7 février 1817 à Niort, sur la place de Brèche.
Mais au-delà du verdict, une question persiste : ce crime était-il vraiment celui d’un seul homme, ou l’ombre d’un secret plus vaste plane-t-elle encore sur cette affaire ?
Une chronique judiciaire encore gravée dans les annales criminelles des Deux-Sèvres.