La Rochelle le 3 juin 1929
Chère Rachel.
Nous ne voulons pas laisser passer ces tout premiers jours de juin sans venir te souhaiter un bon anniversaire. Ça ne nous rajeunit, il est vrai ni les uns ni les autres, mais il faut tout de même souhaiter que nous puissions le faire encore longtemps.
Nous n’avons pas été surpris à l’annonciation de tes misères pendant ce maudit hiver car nous nous sommes souvent demandés comment tu passerais cette vraiment trop dure saison qui nous a rappelé par ces rigueurs le fameux hiver de 1897 - 1880.
Enfin tu t’en es tirée, c’est le principal et nous supposons que l’aide des amis n’a pas dû te faire défaut.
Nous avons bien quelque peu écopé nous aussi mais il y a eu une providentielle accalmie juste au moment et pendant tout le temps que Louise a été nécessaire à Asnières.
Nous avons eu, ces jours derniers de brèves mais bonnes nouvelles de toute cette bande de là-bas. Nous ne t’oublierons pas auprès d’eux quand l’occasion se présentera de leur écrire.
Passons maintenant à ta coupure de journal. Ça n'est pas ordinaire.
On a donc pu trouver l’adresse de ces deux forbans pour faire paraître une semblable annonce qui a dû être mise, c’est à supposer, à la requête surtout du citoyen Vesques.
Il ne faudrait pas non plus s’étonner de ce que ce brigand de Jean renâcle. Dans quelle situation se trouve-t-il en ce qui concerne sa femme et, en outre, et, tout particulièrement vis-à-vis de cet autre citoyen plutôt bizarre celui-là, pour ne pas dire le vrai mot, et que l’on dénomme Gagnaire ?
Tout ça ne doit pas être bien franc.
Enfin que cette peu intéressante société se débrouille comme elle le pourra et d’autre part qu’on me fiche la paix à ce sujet. J’espère bien ne plus avoir à m’en mêler.
Et voilà.
Je passe la suite d’affaires à Louise pour t’expliquer le petit envoi joint à la présente, et en te renouvelant mes meilleurs vœux je t’embrasse bien affectueusement.
Ton frère de tout cœur,
Georges Jubien.
Post-scriptum. Je me joins à Louise pour te prier de ne pas nous oublier auprès, tout d’abord de la famille Gilbert et, deuxièmement parce qu’elle est la plus près, de la famille Chêne.
Chère sœur
Au lieu du 6 tu recevras le 4 nos bons souhaits pour ton anniversaire, une bonne santé tout particulièrement.
L’hiver ne t'a pas épargné les souffrances et les misères aux yeux et aux oreilles sont bien douloureuses. Heureusement que le beau temps vient réparer les sottises de la mauvaise saison.
Nous avons eu ces jours-ci une lettre de Pierre. Jacques est en nourrice à Courbevoie dans la clinique où il est né, dans cette pouponnière on ne prend que 12 bébés. Ils sont soignés à merveille et notre petit homme profite bien. Cela fait une sortie du dimanche pour les enfants et Jeanne peut travailler plus facilement. Quant à Jean c’est un bon petit diable. Nous ne comptons pas sur leur visite cette année car ils ont eu beaucoup de frais.
Ta lettre nous a bien surpris en apprenant la découverte de ces jolis minois. Voilà donc leurs derniers sous en jeu. Jean avait du emprunter à Vesques et à Gagnaire. Malgré les enchères il n’en aura pas lourd pour sa part.
Nous serons contents d’être tenus au courant de cette affaire. Peut-être pourras-tu savoir l’adresse exacte de la jeune fille à Casablanca.
Malgré la chaleur, j’espère que les sardines et les palourdes seront arrivées aussi fraîches que possible afin que tu puisses les déguster.
Tout en renouvelant nos bons souhaits, je t’embrasse de tout cœur.
Ta sœur qui t’aime,
Louise.
Bien des bonjours aux deux familles Gilbert et Chêne de notre part.